Aléa complicatoire.

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Un nouvel extrait du tome 3:

Je vous parle d’un temps où tendre débutant encore surmonté d’une crinière ondoyante qui allait se révéler volatile, je m’installai à mon compte dans un bled de cambrousse. O ubi campi, comme on dit en Latinie !
Un jour ( car je ne travaillais pas la nuit), déboule une voisine, vieille cra-cra à trogne de sorcière, avec un pif crochu doté d’un gros bubon à touffe de poils, la tignasse ébouriffée et une seule ratiche apparente à l’entrée de l’entonnoir.
La rustique carabosse me baragouine que, n’ayant comme seul moyen de locomotion qu’une paire de charentaises avachies, elle attendait depuis un demi-siècle qu’un arracheur égaré bivouaque dans ce trou paumé. Ce fut Pal !
A l’examen, la gobeuse est quasi déshabitée : restent quatre microbouts de racines enfouis et un croc n° 13 mal ancré. J’expose à Lucienne qu’elle ne saurait couper à un déblaiement complet avant le berlingotage résine du même gabarit, et je cliche aux X les cinq débris, dès fois qu’y en aurait un de barré.
Sitôt la pedzouille expédiée, je m’enferme fébrilement dans le cagibi inactinique pour révéler et fixer les objectifs à exodonter. Du nougat ! Pas d’ankylose, pas de baguette de tambour, de la dent dure et de l’os tendre. Juste un petit kyss en 42! Pal, c’est moi qui te le dis, tu vas assurer la prestation et soigner ta répute ! Ta carrière s’annonce éblouissante sous les meilleurs hospices !
Trois jours plus tard, j’attend la pézanne de davier ferme. La mallette Okazou (réanimation d’urgence) ouverte à portée de main, j’attaque, fort serein, la phase charcuterie, en commençant par l’élément le plus fastoche à crocheter : la canine. Je ris, elle bouge entre deux doigts !
D’une main sûre, j’empaffe la zone tarbouiffo-maxillaire, et attend qu’ l’effet s’ fasse en papotant poireaux-naviaux-bestiaux avec la vieille bique.
Bien, finissons-en, champêtre aïeule, ouvrez la buse !
Un léger coup de syndess périphérique suffisant à mobiliser le chicot, je dégaine illico la tenaille ad hoc et agrippe fermement la condamnée pour l’extirper sans coup férir.
Stupeur, elle résiste à la traction ! Qu’à cela ne tienne, je vais la remuer rotatif et la cueillir en douceur.
Strange, alors ! J’ai beau tourner l’ emmanchure dans tous les sens, elle mouve librement mais refuse de sortir de son trou alvéolaire !
Coup d’œil interloqué mais expert sur la radio : pas de problo, la racine est conique comme Harry ! Alors qu’est-ce que c’est que ce binz ?
Je retourne à la manœuvre, commençant à perler du front et à serrer les mâchoires. La tronche de la péquenaude toupille maintenant sévèrement, au fur et à mesure que je tournoie le manche du forceps en cercles de plus en plus larges. Que dalle !
Bon, Pal, du calme ! On va pas centrifuger la mémée au risque de l'envoyer valdinguer au fond d’ la pièce si ça vient d’un seul coup !
Cré fi d’ garce ! J’ vais quand même pas être obligé d’ y coller la semelle sur le coin d’ la gueule pour tirer des deux bras !
En une fraction de seconde, je mesure l’impact d’un premier fiasco lamentable sur mon honneur de docteur d’état. Par St Kope, il n’est pas question de hisser le drapeau blanc ! De djieu ! Elle va voir comment j’ m’ appelle, c’ te ratiche !
Un, j’inspire du poumon droit, deux, je bloque l’échappement, trois, je bande l’ensemble de ma biscoture, comme pour débouchonner une vieille badeule, et quatre, je tracte sèchement. Crac ! Oh putain !!!
L’œil est pas v ‘nu avec, mais un méga bout d’os, plus balaise que la racine elle-même !

Discussion : En matant la pièce anatomique, je m’écrie : bon sang, mais c’est bien dur ! L’apex était coudé à 90° à cinq millis du bout, mais dans l’axe tranverso-sagitto-orthogonoïde de mon court cône !

Avant de reprendre une radio décalée des autres débris, dès fois que, je tiens à rassurer la rurale :
« C’est bon, M' dame, dans la fosse, y’a pu rin ! »



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Cette chronique a été publiée le 15 novembre 2006.