Restons calme !

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Ce matin, j’avais enfilé ma bleue de travail à l’énergie, l’esprit fringant, en sifflotant « Aïe- ho, aïe- ho, on va faire du chicot ! ».
Et voilà ! En un quart d’heure, cette crème de glandu m’a complètement entortillé les ficelles de myéline pour la journée !

C’est le genre du trouduc qui donne envie de rajouter à sa plaque la mention SCS : « Sales cons, s’abstenir ! » Faudrait même inventer un détecteur qui bloque la lourde quand une trogne comme la sienne approche. Ca doit pas être bien coton, avec l’intensité du champ conitique qui s’en dégage !

Santiags en croco, zoublon de simili-cuir râpé, et méga trousseau de clés enchaîné par un mousqueton au jean craspec, ce louzeur au chômedu de naissance n’est pas le type à répondre quand on lui dit bonjour. Il se lève brusquement en jouant les durs à cuire, et fonce dans le couloir en roulant les mécaniques. Je cavale derrière, mais quand j’arrive, il est déjà cuté, le guibolles écartées, un coude posé sur le coin du burlingue, l’autre poing sur la hanche, la gueule maussade. J’avoue que j’y foutrais bien une petite calote derrière la teuté en passant, mais Pal est éthique et sait se tenir.
Je me pose devant lui calmos, en le matant dans le rouge-vitreux de ses yeux de pochetron, dont il se dégage autant d’intelligence que d’un kilo de choucroute.
Alors, qu’est-ce qu’il l’amène, le grand nerveux ?
De sa grosse louche pleine de bagouses en fer blanc, il me désigne une ridicule canine de lait résiduelle, marron et branlante ! A cet instant précis, profitant du burlesque de sa tronche déformée par la babine retroussée d’un seul côté, je clique subreptice pour le ouèbcamer pour la postérité, c’est toujours ça de fendard en stock !

« J’ voudrais savoir c’ qu’on peut faire pour ça. »
« T’as la CMU, mec, alors c’est bien simple : un, j’extirpe, deux, j’ t’enquille gratos un râtelier plastoc dans la régaleuse! »
« Ah ouais mais moi j’ veux pas d’appareil ! »
« Alors y aura un sus ! »
« Combien ? »
« Faut zieuter. Passe sous le lampion et exhibe. »
Le bourru se lève en soufflant, masque ronchon, repousse ma tablette sans égards et se jette littéralement sur mon fauteuil flambant neuf. J’adore !
Deux radios, ouvrez-fermez-rétrusez-protrusez, et retour au burlingue pour la phase communicatoire.
« Ecoute, Toto, dans ton cas piteux, je ne vois que deux options fixées. Pour l’implant, tu l’as dans l’os, y a pas la place. Restent le bridgus vulgus ou l’atelle colloche. »
Modèle de démo en pogne, docte mais néanmoins bitable, j’y développe brillamment le comment, le pourquoi, le pour et le contre, mais l’autre n’a qu’une question :
« C’est quoi, le moins cher ? »
« L’atelle, mais faudra cracher 400 boules au bas mot. »
« 400 euros de ma poche ?? »
« Et oui, mecton, et c’est même un tarif hard-discount pour ce genre de bijou sur mesure ! »
L’acrimonieux se fout en pétard et me regarde avec des yeux mauvais :
« C’est dégueulasse ! Comment voulez-vous que je sorte 400 euros avec un RMI ? J’ai la CMU, alors tout devrait être gratuit ! »
Vaut mieux être sourdingue que d’entendre ça !
« TOUT gratos ? Sans dèc ! Et qui c’est qui devrait casquer pour toi, feignasse? Pour ta gouverne, y a des laborieux qu’ont droit à que-dalle et qui grattent dix plombes par jour pour payer tes allocs pendant que tu bulles au trocson à enfiler mousses et clopes ! »

Non, mais !

Mais le parasite est virulent et se fout à crachouiller son venin dans tous les azimuts:
« Ouais, y en a, du pognon, et y en a qui s’en mettent plein les fouilles, et c’est comme les labos, et y en a qui profitent, et y en a qui se font payer des cures de thassalope, et pi on sait qu’ les dentistes y font la culbute, et pi on va pas vous plaindre, et pi… »

C’est ça ! Allez la guillerette au pouvoir ! En attendant, tu t’arraches et tu nous laisses marner, on a des charges sociales à raquer !

En lorgnant par la fenêtre, j’écume : ce beauf infumable grimpe dans une béhème kitée, avec tous les accessoires tuninge qui coûtent la peau duc : jantes alu et boudins taille basse, bas de caisse et spoualeur rase-bitume, ailerons géants, sono dix mégawatts et la double boite de conserve en guise de pot d’échappement !

C’est alors que l’assistante navrée m’informe que l’enflure m’a gravement perforé le skaï avec son trousseau de clés !


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Cette chronique a été publiée le 14 février 2007.