Samy pas frais

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C’est Freud qui l’a dit : une grosse banane, ça fait marrer tout le monde.

Mais le Samy, là, quand il te cause de banane, t’as pas envie de pouffer. Il veut dire mandale. Ou pain, taquet, chtar, marron, bourre-pif, châtaigne. C’est son alphabet et sa syntaxe, à ce grand bedâ, et la castagne son violon dingue. S’il a une objection, il t’envoie son argument, mais dans la gueule, comme ça il est quasi sûr d’avoir le dernier gnon.
Seulement, il fréquente que des barlous, souvent des potes de gnouf, qu’ont le même art de la conversation. Alors pour mézigue, c’est comme une rente : ça fait trois fois en deux piges que j’y ravale le pignon !
Lui, ça le fait marrer, tu penses, c’est la CMU qui raque. Mais ça commence à me la beurrer de lui fignoler un bloc impec en sachant qu’il est voué à se le faire porphyriser à coups de melon, émietter à coups de satons, ou concasser à coude-pilon.

Pour une fois, le tatoué a pas demandé audience pour éclatage complet de la mastiquoire. Il a seulement dit que c’était surtout pour sa gonze, et que lui, il avait seulement « moitié une glande ».
Oui, ben moi, personnellement, j’en ai plusieurs, et des complètes : on a encore l’ aspi en carafe après trois rafistolages qui m’ont coûté la peau des fesses. A chaque fois, le technico me fait le coup d’ la vanne. Il s’ la pète un max en m’expliquant le processus pannogène, du genre : « Ah bé cherchez pas ! Y a eu un retour de compression dans le culbutateur de calcifrage spiro-magnétique. ». Pas de bol, la mécanique, ça me passionne autant qu’un docu d’Arte sur la reproduction des lombrics. Je m’en contre-taponne le coquillard de son diagnostic, je veux juste que le bousin foire pas tous les quinze jours !

Bon, bref.

Donc, le butor en question se radine l’autre jour avec sa nouvelle grognace. Dès l’ouverture de la lourde de la salle de poireautage, le phallo bondit et passe devant la greluche comme si elle était pas là. Elle a l’air à moitié accouépie dans sa chauffeuse, sans doute choutée aux antidépresseurs et à tout ce qui se fume, sauf le saumon. Physiquement, c’est un clone triste de ses prédécesseuses, en tout cas des quelques ex qu’on a vu passer : une espèce de haricot desséché, recroquevillé sur lui-même, tout rabouziné. Autres points communs avec les autres, elle s’est fait encloquer à quinze ans et manifestement, elle est rompue depuis la naissance à l’encaissement de torgnoles.
A l’appel de son blase, elle lève vers moi des yeux de vache et se déplie mollement, tandis que l’autre guignol, tout fiérot, m’explique qu’il a loupé son dernier ranque à cause qu’il était embastillé pour six mois. M’étonne ! Il a commencé à délinquer à quatre ans. Et, c’est bien connu dans les poulaillers de quartier, qui vole un œuf viole une meuf.
Evidemment, le macho fonce devant et va se vautrer sur le fauteuil avant qu’on l’y invite.
« A Noël, j’ai eu un abcès. »
« Ah bon ? Moi, une Rolex. »
« Et depuis, j’ai comme une glande, là. »
De par le fait, y a fluxion sous la branche babord. A l’ouverture de la meuleuse, c’est pas folichon : je repère illico une infâme tumescence nécro-violacée au niveau de la papille inter-prémolo-molaire. Serait-ce la séquelle d’un récent coup de tatanne rotatoire encaissé dans les gencives? Nenni, il y a des mois, m’assure t-il, qu’il n’a pas « chahuté ». Soit.
En prévenant le sujet, et ultra délicatement - car chez ce genre de primitif, le premier réflexe en cas de désagrément inopiné, c’est de vous balancer un beignet en travers du trognard - je procède à une palpation exploratoire de cet écœurant scrofule, lequel se fout aussitôt à vomir un flot de pus sanguinolent. Eurk !
Pompons !
C’est alors que j’entrevois un étrange bitonio noir qui émerge de la poche mésio-sulculaire. Quoi qu’est-ce, esquille ou séquestre ?Je titille le binz du bout de la précelle : on dirait un bout de carapace scarabéïque. Mais la bête ne frémit pas, elle semble bien réduite à l’état de charogne. Un rien anxieux, mais n’écoutant que mes instincts avulsatoire et prédateur, j’agrippe l’alien fétide et je ferre. Horreur et putréfaction ! J’extirpe un empilement de quatre rondelles pourries ! Je ne rêve pas : des opercules de bigorneaux !!
« Dites-donc, c’est à Noël que vous avez bouffé des fruits de mer ? »
« Heu, ouais. »
« Ben tenez, si vous voulez finir, il en reste un peu ! »
Le crétin part d’un rire gras et agricole, et pendant les dix minutes que j’y décanche la fosse septique à coup de chlorexhidine, il continue à se boyauter comme un con vulsif, au point qu’il me vient une irrépressible envie de le dessouder à coups d’arrache-couronne.


Bon, et pour la nunuche, quel est le problème ?
« Ben c’est Samy, y dit qu’ j’ ai un goût d’ pourri dans la bouche. »


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Cette chronique a été publiée le 09 mars 2007.